22.000 nouveaux hélicoptères d’ici à 2036 : la prévision d’un nouveau souffle par Airbus

L’heure du retour à la croissance a peut-être enfin sonné pour le marché des hélicoptères civils et parapublics de plus de cinq sièges. Selon une étude de marché d’Airbus Helicopters (AH), il va représenter un montant de 370 milliards d’euros sur la période 2017-2036, dont 125 milliards pour la livraison d’hélicoptères neufs et 245 milliards pour la maintenance, le support et les pièces de rechange. Soit 18,5 milliards d’euros en moyenne par an (hors marché militaire). Un marché en croissance alimenté en grande partie par l’acquisition de flottes par les pays émergents en Asie-Pacifique (+ 157% de croissance sur la période), en Afrique et Moyen Orient (+ 103%) et en Amérique du Sud (+ 65%).

Ainsi, la flotte mondiale d’hélicoptères devrait passer de 25.000 appareils en 2016 à 37.400 en 2036, prévoit le constructeur dans son étude. Concrètement, près de 22.000 nouveaux appareils (21.882) seront livrés (43% correspondant à un renouvellement de flottes existantes et 57% de croissance pure) tandis que 15.529 appareils en service actuellement continueront de voler. Les pays émergents contribueront à plus de 80% à la croissance de la flotte mondiale qui va augmenter de 50% d’ici à 2036. Par exemple, l’Asie-Pacifique détiendra 27% de la flotte mondiale en 2036 (contre 16% en 2016) à égalité avec l’Amérique du Nord. Soit une flotte d’environ 10.000 hélicoptères.

Le marché est reparti à la hausse début 2017
Est-ce la fin de la crise? En tout cas, la filiale hélicoptériste d’Airbus a constaté qu’après cinq ans d’érosion de commandes sur le marché civil et parapublic (- 30%), le marché s’est enfin stabilisé au premier semestre 2017 et repartirait même à la hausse. La croissance des commandes pour l’ensemble des hélicoptéristes s’est élevée à 3% au premier semestre 2017 tandis que celle d’Airbus Helicopters a culminé dans le même temps à 27%, selon l’étude du constructeur de Marignane.

L’hélicoptériste européen, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 6,5 milliards d’euros en 2016, a confirmé sa résilience face aux turbulences majeures qui ont traversé ce marché (très grosse déprime du marché oil & gas, problèmes de la famille H225). Notamment sa part de marché sur le segment des hélicoptères lourds est tombée à 9% en 2016 (46 appareils vendus). « Historiquement, Airbus Helicopters est mieux positionné sur ce marché », fait valoir à La Tribune le directeur marketing d’AH, David Prevor, l’auteur de cette première étude détaillée.

Pour autant, AH a réussi à tirer son épingle du jeu en 2015, puis 2016, en accroissant ses parts de marché dans un contexte déprimé (42% sur 727 appareils vendus en 2014 ; 56% sur 570 appareils en 2016). Ainsi, l’hélicoptériste européen a bénéficié de l’étendue de sa gamme pour détenir des parts de marché majoritaires sur trois segments de marché : 69% sur les appareils mono-turbines légers (H125 et H130), 68% sur les biturbines légers (H135 et H145) et 67% sur le Super Medium (H175), mais où seulement douze machines ont été vendues.

En revanche, AH a complètement décroché sur le segment des medium avec seulement 6% de parts de marché (AS365, H155 et H160). Mais le constructeur assure qu’il va « se repositionner » sur ce segment grâce à son nouvel hélicoptère H160, dont les premières livraisons sont prévues en 2019.

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Les raisons d’espérer
D’un point de vue macroéconomique, Airbus Helicopters fonde de grands espoirs sur le développement des pays émergents, qui sont pour la plupart absents dans le classement 2016 des dix premiers ayant les plus grandes flottes d’hélicoptères (États-Unis, Russie, Canada, Brésil, Australie, Grande-Bretagne, Italie, Japon, France et Allemagne). A commencer par la Chine, qui a pourtant quasiment triplé sa flotte (2,7) sur les cinq dernières années. En 2016, elle a commandé plus de 100 appareils. Mais la Chine ne pointe qu’à la onzième place en 2016 alors qu’elle est en tête en termes de PIB à parité de pouvoir d’achat (PPP). L’Inde (3e place en termes de PIB/PPP) et l’Indonésie (7e) sont également absentes de ce classement. En 2036, la prise de pouvoir des pays émergents dans le top 10 des puissances économiques (Chine, Inde, Indonésie, Turquie et Mexique) « va expliquer la croissance du marché des hélicoptères », estime David Prevor.

Airbus Helicopters estime que l’hélicoptère rendra de plus en plus de service pour protéger les populations, sauver des vies (service SAMU), transporter des salariés vers des plates-formes off-shore (pétrole et éolien) ou des passagers fortunés dans des environnements encombrés comme Sao Paulo au Brésil. Lors de l’ouragan Katrina en 2005, sur 2.000 personnes sauvées, 450 l’ont été grâce à des hélicoptères, selon David Prevor. Enfin, les hélicoptères peuvent être des alternatives à des constructions en pleine ville ou dans des sites très isolés pour transporter des matériaux.

Croissance par segments et par zones
Sur les vingt prochaines années, les hélicoptères lourds et super-medium vont représenter 38% des ventes en valeur (17% et 21%) sur les 22.000 nouveaux appareils mis en service. En unité, cela correspond respectivement à 6% (1.243 appareils) et 9% (1.916). Les ventes dans les segments medium et biturbines légers vont quant à elles équivaloir à 45% en valeur (respectivement 21% et 24%) et à 35% en unité (respectivement 11% et 24%). Enfin, les commandes des appareils mono-turbines représenteront sur la période 2016-2036 10.949 appareils (50% en unité et 17% en valeur).

Plus de 7.600 hélicoptères seront vendus dans la zone Asie-Pacifique d’ici à 2036. Ce qui représente 34% en valeur et 35% en unité des 22.000 appareils mis en service sur la période. En Amérique du Nord, 4.749 hélicoptères seront livrés sur la période (18% en valeur et 22% en unité) tandis que l’Europe mettra en service 3.942 appareils (20% en valeur et 18% en unité). Enfin, l’Amérique latine et l’Afrique/Moyen Orient achèteront respectivement 3.082 (13% en valeur, 14% en unité) et 2.492 machines (15% en valeur et 11% en unité). Si ses prévisions se confirment, Airbus Helicopters tout comme ses rivaux pourront voir l’avenir en rose…

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