La sécurité privée sera plus armée

09 Oct 2017 Tags: GICAT, Securité, Sécurité privée

Avec des vigiles armés et un dispositif de sécurité privée, l’attaque de la gare Saint-Charles à Marseille aurait-elle pu être stoppée ? « Avec une bonne vidéo Thalès, et une équipe de gardes armés, le second meurtre était peut-être évitable. Il y a eu plusieurs minutes entre les deux coups de couteau ».

Cette hypothèse était dressée hier par Patrick Butor, secrétaire général au ministère de l’Intérieur, lors de la présentation d’une nouvelle étape, en France, dans le domaine de la sécurité privée : la certification NF ISO 18 788* sur « le système de management des opérations de sécurité privée ».

Pour le GICAT (Groupement des industries de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres), cette nouvelle norme offre un « cadre réglementaire qui permet aux donneurs d’ordres de s’assurer du respect de l’usage de la force et des droits de l’homme ». Deux sociétés seront certifiées début 2018, trois autres sont en cours de processus. Au total, en France, 160 000 agents de surveillance maillent le territoire.

Sécurité « renforcée » par un alliage public-privé

Le recours aux opérations de sécurité privée semble rentrer de plus en plus dans les mœurs, et dans la société française. Un récent sondage Odoxa montre ainsi que 68 % des personnes interrogées seraient d’accord pour confier des tâches spécifiques à des agents de la sécurité privée. Peu après les attentats de novembre 2015, « la tentation fut grande et soudaine, au sein du monde politique, d’armer en urgence et massivement les agents privés », rappelait récemment Me Vincent Luchez, avocat spécialiste de la sécurité privée.

C’est finalement par la loi sur la sécurité publique du 27 février 2017, et applicable à partir du 1er janvier 2018 que la catégorie d’« agent de sécurité armé » a été créée. On parle alors de « sécurité renforcée », dans un contexte où les actes terroristes ont marqué la France ces deux dernières années. Depuis 1983, certains personnels de surveillance ainsi que de transport de fonds avaient déjà cette possibilité.

Si l’opération Sentinelle sera prochainement redéployée, il n’est pas (encore) question de substituer des agents privés en armes aux militaires et aux policiers français, mais d’être, selon le GICAT, « un maillon de la chaîne ». Dans le futur, les gardes statiques autour de sites sensibles pourraient être assurées par le privé. Cette tendance s’inscrit dans « l’externalisation » des tâches, initiée par le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb. « Des agents armés, il n’en était pas question en France il y a quelques années, mais les choses ont évolué en raison du contexte », juge aussi Cédric Laurie, directeur général d’OFAPS en charge d’expertise dans la protection des entreprises et des personnes.

Un autre aspect rentre en compte à travers cette certification : le volet économique. Cette norme doit aussi permettre aux opérateurs français d’être plus compétitifs face aux Anglo-Saxons sur le marché mondial de la sécurité, dominé notamment par la Grande-Bretagne. Entre un monde anglo-saxon dévoué à la sécurité privée, et le pôle Chine-Russie entièrement tourné vers le public/étatique, la France privilégie une troisième voie public/privé.

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