Airbus et le CES, modèles de valorisation de l’intelligence artificielle en France

30 Mar 2017 Tags: Airbus, CES, Intelligence artificielle

L’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques a rendu son rapport sur l’intelligence artificielle. Après celles des groupes de travail de France IA, une quinzaine de propositions cherchent à encourager et renforcer le développement de la discipline.

AUDITIONS. En moins d’un an, l’intelligence artificielle (IA) a fait l’objet, en France, d’un livre blanc d’Inria, d’un cahier de veille de l’Institut Mines Télécoms, d’un rapport du Cigref, d’un autre issu du travail de réflexion initié par le gouvernement, France IA, et même d’un document critique de la part de l’Association française contre l’intelligence artificielle. Ce mercredi 29 mars, c’est l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) qui publie un document de 500 pages sur le sujet.

Véritable somme revenant sur l’histoire de la discipline comme sur l’état de l’art technologique (deep learning en tête) et les questions techniques, économiques, éthiques, juridiques qu’elle soulève, ce rapport “pour une intelligence artificielle maîtrisée, utile et démystifiée” est le fruit de six mois d’auditions et de rencontres menées par les deux rapporteurs, la sénatrice Dominique Gillot et le député Claude de Ganay.

Un risque de décrochage au niveau international

Comme pour France IA, l’objectif est d’évaluer comment mieux défendre la recherche en la matière, mieux la valoriser, mieux l’organiser, pour, éventuellement, se hisser au niveau des États-Unis et de la Chine. “Il y a à la fois une sous-estimation des ressources de la France et un risque de décrochage au niveau international”, a estimé Claude de Ganay lors de la conférence de presse au Sénat. Les deux rapporteurs pointent notamment du doigt l’attractivité des grands groupes privés tels Facebook, Microsoft, Baidu et Google pour les chercheurs du domaine. Et, plus particulièrement, le départ de chercheurs français vers ces sociétés.

D’où, à l’instar de France IA (dont les travaux ont été plusieurs fois évoqués), une série de propositions. Parmi elles, on trouve la “revalorisation [du] rôle de la recherche publique par rapport à la recherche privée” et la nécessité de l’interdisciplinarité afin d’éviter une ”hyper-spécialisation entre sous-domaines de l’intelligence artificielle”. Deux autres pistes concrètes sont évoquées. D’abord celle consistant à “encourager la constitution de champions européens en intelligence artificielle et en robotique”, ce que les rapporteurs résument plus prosaïquement par la création d’un “Airbus de l’IA”, ceci afin, entre autres, d’éviter un pillage des laboratoires de recherche de leurs ressources. Même si cette stratégie soulève la question de l’allocation de financements et de moyens dont pourraient être privés tout un écosystème de start-up, pourtant loué par les deux parlementaires par ailleurs.

L’autre idée est celle d’un équivalent du CES de Las Vegas, salon international annuel de la high-tech et de l’électronique grand public, mais dédié à l’intelligence artificielle. Il existe déjà quelques manifestations approchantes, en Europe et en France et, en juin prochain, Futur En Seine mettra l’IA à l’honneur, mais aucune mettant en valeur explicitement la discipline.

Transhumanisme, persona non grata

En tout cas, il est une chose dont les deux rapporteurs sont peu demandeurs, c’est des visions prophétiques plus ou moins catastrophistes concernant l’IA. Celles souvent véhiculées par des médias se référant à des thèmes rebattus de la science-fiction (de 2001, Odyssée de l’espaceà Terminator), mais pas seulement. “La Singularité, le transhumanisme, la notion de “mort de la mort”, tout cela relève d’un mouvement qui s’apparente à une religion et n’emporte pas notre adhésion “, a expliqué Dominique Gillot. Le Ray Kurzweil européen est prié de rester à l’écart de l’Airbus de l’IA.

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