Comment Dassault et Thales ont été cruellement écartés en Suisse

07 Juin 2017 Tags: Dassault, Défense, Rafale, Thales
Par deux fois récemment, la Suisse a enlevé à Dassault et à Thales un succès pourtant assuré. Berne a choisi étrangement en 2011 le Gripen face au Rafale, pourtant arrivé en tête des évaluations de l’armée de l’air suisse. Enfin, le contrat de Thales pour la fourniture d’un système de défense antiaérienne a été résilié en 2016.

Par deux fois, la Suisse a été cruelle avec des industriels de la défense français pourtant très bien placés dans deux compétitions majeures pour l’armée de l’air suisse. Des compétitions qui vont être relancées par Berne. Une première fois avec Dassault Aviation, qui faisait la course en tête dans la compétition sur le remplacement partiel des F-5 Tiger grâce aux qualités opérationnelles du Rafale lors des évaluations entre 2008 et 2011 des avions de combat en course (Eurofighter, Gripen et Rafale). Berne a finalement choisi le Gripen E, qui était pourtant l’avion le moins performant de la compétition.

Puis une seconde fois avec Thales Suisse, qui a été choisi en août 2015 au détriment de Rheinmetall pour piloter le projet DSA 2020, un programme d’un système de défense sol-air de moyenne portée évalué à 700 millions de francs (642 millions d’euros). Dans un premier temps, le Département de la défense avait annoncé sa suspension afin de “disposer d’une vue d’ensemble adéquate” sur ce dossier. Puis le contrat signé avec l’entreprise Thales Suisse a été finalement résilié en avril 2016. Selon les Suisses, la résiliation du contrat n’est pas due à des prestations lacunaires ou insuffisantes de la part de Thales. Avant la résiliation du contrat, Thales Suisse, en partenariat avec Armasuisse, l’armée de l’air suisse et l’industriel Ruag, devait sélectionner le couple radar/missile. Restaient alors en course pour les radars, Thales (Ground Master 200) et Saab (Giraffe 4A) et pour les missiles MBDA (Camm-ER) et Diehl (Iris-T).

 Le Gripen aurait dû être éliminé

S’agissant de Dassault, deux rapports ultra confidentiels de l’armée de l’air suisse, révélés dans la presse helvétique et signés par le commandant de corps Markus Gygax, commandant des Forces aériennes suisses, avaient mis en lumière le choix étrange du ministre de la Défense de l’époque. En dépit de la médiocrité des performances opérationnelle de l’avion de combat suédois évaluées par les pilotes de l’armée de l’air suisse, Ueli Maurer avait opté pour le Gripen fabriqué par Saab. Les conclusions des deux rapports d’évaluation étaient pourtant sans appel, le Gripen était classé bon dernier derrière le Rafale, puis l’Eurofighter.

Sélectionné par Ueli Maurer essentiellement pour ses capacités à effectuer des missions de police aérienne, le Gripen n’en était même pas capable. L’avion de combat suédois “a été évalué comme insatisfaisant pour ce type de mission, expliquait l’un des deux rapports à l’issue des essais en vol de 2008. Les principaux points faibles du Gripen ont été son endurance et ses performances”. Le Gripen avait obtenu la note médiocre de 4,20 points tandis que le Rafale décrochait un 6,71 points (6,2 points pour l’Eurofighter). L’avion de combat suédois était même devancé par les performances des F-18 suisses, qu’il devait remplacer. Un comble. Le rapport expliquait par ailleurs que “le Gripen a été le seul candidat à ne pas atteindre le seuil minimal (6 points, ndlr) des capacités attendues”. Pour les auteurs du rapport, le Rafale détenait en revanche “la meilleure efficacité et pertinence pour l’accomplissement” de la mission de police de l’air aérienne.

Le rapport donne le Rafale en tête

Lors de la seconde phase d’évaluation, le Rafale a progressé un petit peu (6,98), l’Eurofighter aussi (6,48) tandis que le Gripen dans sa version MS21, grâce à 48 projets de modernisation dans le domaine de la police aérienne, passe de 4,2 à 5,33 points. Ce qui ne lui faisait toujours pas atteindre le seuil minimal des capacités attendues. En dépit de cette note, le rapport estimait néanmoins que les trois avions avaient la capacité à mener cette mission essentielle pour l’armée de l’air suisse. Avec une incertitude toutefois : “la probabilité du Gripen MS21 d’être incapable de mener avec succès cette mission de police aérienne est considérée comme quelque chose de possible”.

En clair, le rapport restait méfiant, non pas sur les modernisations présentées par Saab mais sur la capacité des Suédois à les livrer. Pour finir, les auteurs recommandaient le Rafale et la meilleure alternative, l’Eurofighter… mais ils avaient une recommandations de précaution : “si le Gripen devait être choisi, de nouveaux tests et évaluations opérationnels devraient être conduits en Suisse pour évaluer l’efficacité réelle de l’avion à mener à bien la mission plus importante”. Enfin, dans tous les autres domaines (combat air-air, reconnaissance et bombardement), le Rafale arrivait toujours en tête. Ce qui lui donnait un avantage indéniable pour gagner l’appel d’offre suisse puisque l’efficacité opérationnelle comptait pour 60 % de la décision de Berne.

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