Entretien exclusif de Gérard Lacroix, Délégué adjoint “Sécurité” du GICAT à AEF Info

08 Juil 2020 Tags: AEF INFO, Gérard Lacroix, GICAT, Securité

Dépêche N°630404 réalisée par Marie Desrumaux, journaliste chez AEF Info, « reproduite avec l’aimable autorisation de l’Agence de Presse AEF info ».

“L’industrie de la sécurité et de la défense a été très touchée par la pandémie de Covid-19” (Gérard Lacroix, GICAT)

“L’industrie de la sécurité et de la défense a été très touchée par la pandémie de Covid-19”, affirme Gérard Lacroix, délégué général adjoint aux questions de sécurité du GICAT, dans une interview à AEF info. Selon un sondage réalisé par le groupement professionnel auprès de ses 280 adhérents, “58 % des contrats ont été maintenus, 22 % ont été reportés et 20 % ont été annulés” entre mars et mai 2020. “La survie de nombreux acteurs industriels est menacée, en particulier pour les entreprises qui fondent leur réussite économique sur l’export, et celles qui dépendent d’un seul donneur d’ordre”, souligne Gérard Lacroix. Le délégué général adjoint du GICAT relève néanmoins plusieurs raisons “d’espérer”, à commencer par le plan de relance prévu par le gouvernement, en concertation avec le Conseil national de l’industrie.

AEF info : Quel a été l’impact de la crise sanitaire liée au Covid-19 sur les membres du GICAT ?

Gérard Lacroix : D’après un sondage réalisé auprès de nos 280 adhérents, le constat partagé est que l’industrie de la sécurité et de la défense a été très touchée par la pandémie de Covid-19. Comme nombre d’entreprises, nos adhérents ont subi de plein fouet une crise sanitaire et économique qui était totalement imprévisible.

Ils ont mis en place des mesures pour maintenir a minima leur production industrielle mais plus de la moitié d’entre eux estime quand même avoir subi une baisse de 30 % du chiffre d’affaires pendant le confinement. Sur la période de mars, avril et mai, seuls 58 % des contrats ont été maintenus, 22 % ont été reportés et 20 % ont été annulés. Ce sont surtout les ETI, les PME et les start-up qui ont été les plus fortement impactées.

AEF info : Dans quelle mesure les entreprises ont-elles dû recourir aux différents dispositifs d’aide mis en place par le gouvernement ?

Gérard Lacroix : Les entreprises ont bénéficié d’une aide rapide et efficace de l’État. Le volet social dont ont bénéficié nos industries de défense et de sécurité n’est pas neutre, qu’il s’agisse de l’adaptation des dispositions du droit du travail ou du chômage partiel. Jusqu’à 60 % des salariés des adhérents du Gicat ont été mis en chômage partiel au plus fort de la crise.

Ces mesures ont complété utilement le volet financier et économique. L’État a mis en place des prêts garantis, des échéances fiscales ont été décalées, il y a eu des diminutions de délais de paiement de la part de l’État pour honorer les contrats… Cette aide diversifiée a été bienvenue pour la majeure partie des adhérents du Gicat, quelle que soit la taille de leur structure.

AEF info : Craignez-vous des faillites ?

Gérard Lacroix : La période actuelle est économiquement incertaine. La survie de nombreux acteurs industriels dans le domaine de la défense et de la sécurité est menacée, en particulier pour les entreprises qui fondent leur réussite économique sur l’export, et celles qui dépendent d’un seul donneur d’ordre.

Mais nous avons pu observer pendant cette crise que nos adhérents s’adaptent très vite. Certaines entreprises ont transformé leur chaîne de production en l’espace de quelques semaines pour produire des masques. D’autres ont développé de nouvelles technologies pour contrôler le respect des mesures sanitaires, par exemple l’obligation de port du masque ou la distanciation physique (lire sur AEF info). La pandémie a finalement permis d’accélérer tout un pan de R&D.

Le plan de relance prévu par le gouvernement constitue une autre raison d’espérer. La sécurité fait partie des dix-huit filières regroupées au sein du Conseil national de l’industrie, ce qui veut dire que nous sommes partie prenante du plan de relance national porté par le ministre de l’Économie et des Finances. Dès le mois d’avril, la filière des industries de sécurité a commencé à travailler, en partenariat avec la direction générale des entreprises, à l’élaboration de solutions à proposer à Bruno Le Maire.

AEF info : Quelles ont été vos propositions ?

Gérard Lacroix : Nous nous sommes notamment appuyés sur deux projets emblématiques du contrat de filière : la sécurité des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 et les “territoires de confiance” (lire sur AEF info). Nous avons mis en exergue le fait que nous étions prêts à avancer sur ces deux dossiers, dans la mesure où nous avons défini notre calendrier opérationnel, nous savons ce que nous voulons faire, et nous avons une idée des crédits publics nécessaires.

Concernant les Jeux olympiques, nous avons par exemple demandé à commencer rapidement les expérimentations de solutions, lors des grands évènements prévus à l’automne, comme le tournoi de tennis Roland Garros. Il s’agit d’enclencher le processus pour arriver à maturité en 2024. Sur le volet “territoires de confiance”, nous comptons renforcer le partenariat que nous avons établi avec les collectivités, comme Lyon, Rennes, Nice, Saint-Étienne, Dijon ou Angers, en agrégeant d’autres intercommunalités qui souhaitent que leurs territoires deviennent “safe and smart”. Nous allons densifier nos propositions de construction de PC, de sécurisation des transports publics, etc.

Ces propositions ont été portées par le président du comité de filière, Marc Darmon, devant Bruno Le Maire, qui les a prises en compte. Est-ce que nos demandes seront satisfaites dans leur totalité ? Nous ne le savons pas encore.

AEF info : Quelles leçons pouvez-vous tirer de la crise ?

Gérard Lacroix : La crise a fait apparaître la nécessité de repenser l’évolution industrielle dans le domaine de la sécurité. Les adhérents du Gicat sont prêts à participer à l’effort national de relocalisation industrielle et à devenir encore plus les acteurs majeurs d’une souveraineté industrielle retrouvée. En clair, il s’agit de produire des matériels français, pour des marchés français, tout en étant concurrentiels à l’étranger. Pourquoi acheter des drones chinois quand il y a des fabricants en France, qui construisent des drones beaucoup plus sécurisés et performants ?

Ce qui est également intéressant, c’est que certaines entreprises ont été contraintes de développer de nouveaux axes de R&D sur ce qu’on appelle la “biosécurité”. La prophylaxie relève de la compétence du monde de la santé, mais les adhérents du Gicat peuvent contribuer à la détection des maladies, leur gestion et la protection. Des entreprises comme Bertin sont très en pointe sur ce sujet. Ce phénomène est apparu très nettement pendant la crise.

Au sein du GICAT, cette crise a également renforcé par certains aspects une nécessaire solidarité entre adhérents, et nous espérons que cela va perdurer.

Publication du rapport annuel

Alors que le GICAT vient d’élire un nouveau président, Marc Darmon (lire sur AEF info), le groupement a également publié son rapport d’activité 2019, mercredi 24 juin 2020. Ce document revient notamment sur les 40 ans de l’organisation, les propositions des adhérents du GICAT au “livre blanc de la sécurité intérieure”, ainsi que la structuration de l’offre française pour la sécurisation des grands évènements sportifs. Christian Rodriguez, DGGN, annonce notamment l’organisation régulière d’évènements réunissant “les acteurs de la transformation technologique” de la gendarmerie et les membres du GICAT.

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