Photonis révolutionne la vision nocturne

L’entreprise corrézienne est passée maître dans l’art de manipuler les particules de lumières. Sa technologie équipe les forces spéciales militaires française, britannique et canadienne. Elle sert également aux satellites et aux microscopes électroniques.

Leader mondial des systèmes de vision nocturne pour les forces militaires et de sécurité depuis 2013, la petite ETI tricolore a été sélectionnée, l’année dernière, par Bercy pour structurer la filière naissante de l’industrie du silicium. Une centaine d’acteurs sont concernés, dont les géants ST Microelectronics, Thales, Renault ou encore Safran. Un défi de plus pour cette société qui vit et respire par et pour l’innovation technologique depuis sa naissance, il y a quatre-vingts ans.

Basée à Brive-la-Gaillarde (Corrèze) et implantée également à Mérignac, près de Bordeaux, l’entreprise emploie un millier de salariés, dont 600 en France. Précision de taille, la société, contrôlée par Ardian, le fonds d’investissement d’AXA, réalise 80 % de ses ventes (150 millions d’euros en 2016) à l’étranger, grâce en particulier à ses filiales à Singapour, aux Emirats arabes unis, aux Pays-Bas, aux Etats-Unis et au Mexique.

Une niche stratégique

Dans le petit club des ETI françaises au fort ADN familial, le parcours de Photonics dénote. Son histoire démarre en 1936 par un accord intergouvernemental entre la France et les Pays-Bas qui prévoit de dupliquer en Corrèze – au plus loin des dangers qui s’amoncellent aux frontières, pense-t-on alors -, l’usine de la compagnie néerlandaise Philips, qui produit les premières technologies de communication par fibre. Un an plus tard, l’aventure industrielle démarre.

Dès les années 1960, Photonis exploite une innovation dérivée : la photomultiplication des électrons.

De cette époque date l’avance de cette pépite « qui évolue plus que jamais dans une niche technologique stratégique », explique Emmanuel Nabet, son directeur marketing, où l’innovation rime avec complexité et rapidité. Au point que des puissances industrielles comme l’Allemagne ou le Japon, ou bien encore Israël, pourtant en pointe dans le domaine, ont jeté l’éponge, préférant s’en remettre à sa technologie.

Prouesse technologique

A la fin des années 1960, passée maître dans l’art de manipuler les particules de lumières (ou photons), l’entreprise exploite une innovation dérivée : la photomultiplication des électrons. Le procédé est à l’origine des scanners pour animaux qu’elle commercialise avec succès avant de subir les assauts de son principal concurrent japonais : il cassera les prix pendant cinq ans pour s’emparer du marché.

Photonis passe alors la main et se recentre sur une nouvelle innovation maison prometteuse : la photocathode. Couplé à de l’optique, le procédé restitue une image réelle en pleine nuit (à la différence de l’image artificielle restituée par l’infrarouge à partir des sources de chaleur). Les jumelles qui en sont équipées font le bonheur des forces spéciales européennes naissantes, que les fabricants américains ne veulent ou ne peuvent pas satisfaire. Conçue en 2005, fabriquée en 2010, commercialisée en 2013, la première génération de la technologie Photonis agrège 27 projets distincts. La prouesse résulte d’une « culture maison de l’innovation incrémentale qui se transmet de père en fils », souligne Emmanuel Nabet.

Commercialisée en 2013, la première génération de la technologie Photonis agrège 27 projets distincts.

C’est alors que l’entreprise change de dimension. Priée par les commandos français de revoir leur copie, qu’ils jugent moins performante que le produit américain, Photonis met au point sa « galette de microcanaux », un cercle de 18 mm de diamètre percé de 6 millions de trous par lesquels passent et sont analysés les électrons émanant des photons de lumière. Cette miniaturisation, qui s’accompagne d’un saut qualitatif, assure à l’entreprise un avantage concurrentiel décisif. Les forces spéciales françaises adoptent cette technologie, suivies du SAS britannique et de son homologue canadien, pourtant réputé sous influence américaine.

Diversification des marchés

Au passage, Photonis diversifie ses marchés. Sa galette équipe tous les satellites évoluant en orbite autour de la terre. Ils échappent ainsi aux effets des bombardements solaires. Elle rend les microscopes électroniques capables d’analyser les prélèvements de tissus humains avec fiabilité.

Les applications de la troisième génération de la technologie de vision nocturne de Photonis sont d’ores et déjà prometteuses.

La maîtrise technologique de Photonis est jugée si cruciale qu’un nouvel accord intergouvernemental, cette fois entre la France et le Royaume-Uni, lui vaut de bénéficier d’importants fonds publics pour ses recherches. Une centaine de ses collaborateurs s’y consacrent à plein temps. Ils sont les pères de la troisième génération de la technologie maison de vision nocturne. Dans cette version à venir, la galette de 18 mm de diamètres laisse place à une puce de silicium. Les applications de cet exemple de la transformation numérique appliquée aux photons sont d’ores et déjà prometteuses.

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