Sagem, Coriolis et la navigation inertielle

09 Mai 2016 Tags: Défense, Safran, SAGEM

Montluçon, cœur historique de Sagem (groupe Safran), fût la dernière étape du voyage de presse pré-Eurosatory organisé la semaine dernière. L’occasion pour FOB de découvrir le nouveau site « Coriolis ». Baptisée en l’honneur du célèbre mathématicien français Gaspard-Gustave Coriolis, cette unité unique en Europe est entièrement dédiée à la production d’outils de navigation inertielle destinés aux CAESAR, Airbus A400M et autres Rafale des forces armées françaises.

Le bâtiment Coriolis, monstre de verre et d’acier s’étendant sur près de 19 000 m2, a nécessité un investissement de 50€M, dont 10% provenant des autorités locales, nationales et européennes. Près d’un tiers de la surface est occupé par des salles blanches dans lesquelles sont réalisés la production et l’assemblage des gyrolasers et gyroscopes résonnant hémisphériques, ou GRH, nécessaires pour la centrale de navigation inertielle. Une technologie que la France est l’un des (très) rares pays à maîtriser. Telle une boussole, la centrale inertielle permet de calculer la direction et la distance parcourue par une plateforme mouvante (du missile au sous-marin nucléaire) et d’en déterminer la position instantanément. Pour ce faire, la centrale utilise une série de capteurs inertiels, généralement trois gyroscopes et trois accéléromètres.

Malgré les précieuses explications de Patrick Chambon, responsable de la communication du site de Montluçon, il me sera difficile, en toute franchise, de vous détailler davantage le principe de fabrication de ces bijoux de technologie. Je préfère vous offrir un instantané des impressions ressenties en visitant ce site.

Car au delà des technologies de pointe maîtrisées ici par Sagem, l’installation en elle-même en impose de par son « atmosphère ». Pour un non-initié tel que moi, les salles de « Coriolis » rappellent de prime abord ces labos militaires ultra-secrets caractéristiques des blockbusters américains.

Tout ici est blanc, immaculé, pur. À commencer par l’air ambiant, recyclé en permanence. L’environnement des « salles blanches », dans lesquelles les étapes les plus critiques sont réalisées, respecte en effet la norme ISO 4 : l’air de ces salles contient donc moins de 83 particules d’une taille d’un micromètre par m3. Cauchemar des leucophobes, le site Coriolis a adopté une palette de couleurs pour le moins limitée. Hormis le blanc dominant, seuls dénotent les lignes jaune « à-ne-franchir-sous-aucun-prétexte » et le rouge rassurant des extincteurs.

Les machines, omniprésentes, ont pratiquement remplacé les techniciens (le rapport homme/machine doit approcher les 1 pour 20). Chacune effectue une tâche précise à l’intitulé particulièrement exotique : « usinage résonateur GRH », « Eclairci bloc laser », ou encore (mon favori) « Accostage et adhérence moléculaire GLC 16 & GLC 32 ». Ces machines rendent également compte de l’importante implication des PME françaises dans la constitution du site Coriolis. La liste des entreprises mobilisées s’allonge de salle en salle et on ne compte plus les CLIMATS, Voumard, Corelec et autres ADC, chacune témoignant d’un savoir faire unique. Optimiste, Sagem a adopté une structure modulaire et laissé de la place pour l’ajout d’outils additionnels pour augmenter la capacité de production en cas de forte demande.

Après une heure intense de visite, je suis finalement parvenu à trouver un outil reliant cette bulle ultra high-tech au monde extérieur : une calculette Texas Instruments.

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