Tom Enders, premier imperator d’Airbus

Seize ans après la création du groupe EADS devenu Airbus, le groupe aéronautique et de défense devient une entreprise normale avec une organisation classique. Tom Enders en sera bien sûr le patron.

Il y a deux façons de voir la réorganisation d’Airbus. La première sous l’angle d’une efficacité opérationnelle accrue pour le groupe – même si EADS puis Airbus Group n’ont pas réellement trop souffert jusqu’ici de l’actuelle organisation sur le plan commercial, voire financier depuis sa création – et la seconde sous l’angle des ego de Tom Enders, Fabrice Brégier et consorts. Bien sûr Airbus devient enfin une entreprise normale avec un patron – en l’occurrence Tom Enders – entouré d’une équipe de direction sous sa coupe qu’il a choisie plus ou moins.

Philippe Camus, Noël Forgard, Louis Gallois, tous anciens présidents de la maison mère, l’avaient rêvé, Tom Enders l’a fait. De toute façon, cette réorganisation était le sens de l’histoire depuis l’été 2015 et depuis le renouvellement du mandat de Tom Enders. Elle colle d’ailleurs ni plus ni moins aux standards des organisations des grands groupes internationaux.

Fusion d’Airbus Group avec Airbus Commercial Aircraft

Concrètement Airbus Group fusionne à compter du 1er janvier la structure Groupe avec Airbus Commercial Aircraft, la division la plus importante du groupe, pour ne plus former qu’une seule et même entité. Le conseil d’administration d’Airbus Group a approuvé jeudi la proposition de Tom Enders, qui dirigera cette nouvelle entité en tant que directeur général exécutif. Fabrice Brégier deviendra le patron des opérations (Chief Operating Officer) et président d’Airbus Commercial Aircraft.

“Des structures rationalisées et un processus décisionnel rapide sont indispensables au succès de la transformation digitale, a expliqué Tom Enders dans le communiqué publié vendredi. La fusion entre Airbus Group et Airbus est le prélude à une refonte structurelle qui simplifiera la gouvernance de notre entreprise. Elle supprimera également les duplications et améliorera la productivité, tout en poursuivant l’intégration de l’ensemble du groupe. Nos deux autres divisions, dirigées par Dirk Hoke et Guillaume Faury, qui demeurent parties intégrantes du groupe, bénéficieront largement de cette fusion par un soutien commercial plus ciblé et des coûts réduits”.

Et si Airbus retrouvait enfin son ADN industriel

Maintenant qu’Airbus est enfin devenu une entreprise normale, il faudrait également qu’elle retrouve enfin son ADN industriel au lieu de dépenser sa trésorerie en rachetant ses actions pour le plus grand plaisir des actionnaires. Car si Airbus partage aujourd’hui un duopole avec Boeing, le constructeur européen le doit à ses pionniers, des visionnaires français et allemands. Il y en a aussi en Europe, et pas seulement dans la Silicon Valley.

Pour autant, il semblerait enfin que l’A400M ait enfin trouvé dix ans après les premières difficultés un véritable patron, Fernando Alonso, pour faire décoller ce programme, l’un des plus grands fiasco industriels de l’aéronautique européenne. Des échecs à répétition dans la plupart des grands programmes de défense gérés par Airbus (drones, hélicoptères…) en raison d’une maîtrise d’oeuvre souvent très déficiente de la part d’Airbus. Sans oublier quelques décisions très hasardeuses comme l’Euro Hawk, un dérivé du drone américain Global Hawk développé par Airbus mais qui finalement ne pouvait pas voler dans le ciel allemand.

Ego contre ego

C’est notoire. Tom Enders et Fabrice Brégier ont toujours été en compétition dans le groupe depuis la création d’EADS ou presque. Une telle rivalité a souvent laissé des traces entre les deux hommes et leurs entourages. Ils se sont opposés de nombreuses fois, notamment  fin 2015, début 2016 où les tensions étaient à leur paroxysme lors de la préparation de cette réorganisation. Fabrice Brégier a tenté de résister pour continuer à exister au sein du groupe. Et au printemps, les deux hommes ont fini par trouver un accord, qui satisfera qu’un temps les deux hommes.

En tant que futur patron des opérations d’Airbus, Fabrice Brégier, qui garde ses envies d’ailleurs, assumera ainsi des responsabilités pour l’ensemble du groupe, parmi lesquelles la redéfinition des opérations digitales – la partie essentielle du programme de transformation du Groupe -, la chaîne d’approvisionnement globale et la qualité. Mais le patron, c’est bel et bien Tom Enders. Car il tient désormais fermement le manche du groupe, l’autre pas.

Le futur directeur général exécutif d’Airbus peut d’ailleurs remercier très chaleureusement François Hollande de ne pas avoir demandé fin 2012 dans ses négociations avec Angela Merkel une alternance entre un Allemand et un Français à la tête d’Airbus. Et Tom Enders pourra le plus normalement du monde briguer un troisième mandat s’il en a envie, et rester à la tête d’Airbus. Surtout si la soupe reste bonne pour les actionnaires…

Source

X