[Cerbair] Après l’incident de Gatwick, les aéroports français prennent les drones au sérieux

Les deux aéroports londoniens de Gatwick et Heathrow vont se doter d’équipements anti-drones. Dans les aéroports français, les moyens employés sont encore en phase test, mais les choses s’accélèrent.

L’incident survenu à Gatwick au mois de décembre, où un survol de drones avait donné lieu à la fermeture de l’aéroport londonien pendant trois jours en impactant 120.000 voyageurs, aura servi de leçon. Vendredi 4 janvier, les deux hubs de Gatwick et Heathrow ont annoncé qu’ils allaient se doter d’équipements anti-drones, pour éviter que cela ne se reproduise. Ils ont passé commande d’équipements de défense de type militaire, un investissement de «plusieurs millions de livres», a rapporté le porte-parole de Gatwick.
«En France, c’est certain que l’incident a été un électrochoc pour les aéroports», évoque Thomas Gueudet, directeur du développement de la société privée de technologie anti-drone Cerbair, et expert en sécurité. «À Paris, l’aéroport de Roissy est depuis un an et demi dans une phase test de notre système de sécurité, mais nous sommes en négociation pour accélérer les choses dans les autres aéroports face à la menace croissante».

Des risques réels
Les drones présentent un danger bien particulier pour les aéroports: le risque de collision entre ces engins et les avions. «Ces incidents sont en augmentation exponentielle», déplore Thomas Gueudet. Dans son dernier rapport, l’Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA) avait recensé 1400 incidents de drones en Europe en 2016, contre 606 entre 2011 et 2015. Or, une collision avec un drone provoque des dégâts plus conséquents qu’avec un oiseau, même dans les cas où ils font la même taille.

«Nous sommes face à une menace qui évolue, poursuit Thomas Gueudet, et des actes qui étaient la plupart du temps accidentels deviennent de plus en plus des actes malveillants, avec des risques de trafics de contrebande, de terrorisme ou d’espionnage.»

Techniques avancées
Pour lutter contre ces malveillances, un système bien spécifique est mis en place. Il se divise en trois parties: la détection, le repérage et la neutralisation. Le drone est d’abord détecté par un équipement de radio-fréquence, «le système le plus répandu, et le plus performant pour l’instant», selon Thomas Gueudet. C’est ce qui se trouve actuellement dans la plupart des aéroports internationaux. En fonction de la qualité du matériel et de la taille de l’aéroport, son coût varie entre 20.000 et 150.000 euros. Une broutille comparée aux plusieurs millions d’euros que coûte un radar anti-drone, radar plus précis et permettant de géolocaliser le drone, mais pas encore totalement performant, puisqu’il déclenche régulièrement de fausses alertes.

 

La sécurité des aéroports devient problématique lorsqu’on s’intéresse à la troisième phase, la neutralisation du drone. «La technique la plus répandue, explique Thomas Gueudet, est celle du brouillage des ondes. Sauf qu’en France, le brouillage est interdit, à part dans des cas très spécifiques de risque de force majeure.» En plus de l’interdiction légale, le brouillage pourrait s’avérer très dangereux dans un aéroport, car il pourrait mettre en difficulté les pilotes, notamment en interférant sur le signal GPS.

Nouvelles possibilités
Pour Thomas Gueudet, dans les aéroports, la meilleure solution pour neutraliser le drone reste de s’attaquer à la source, à savoir, le télé-pilote. «C’est ce qui a été compliqué lors de l’affaire de Gatwick, rappelle-t-il, les télé-pilotes étaient complètement introuvables, ce qui a conduit à l’arrêt de l’activité aéroportuaire pendant trois jours.» Selon lui, cette solution s’avère d’autant plus salutaire «qu’à l’avenir, nous aurons de plus en plus de cas d’essaims de drones qui s’attaquent tous en même temps au même endroit. Et dans cette situation, que faire si ce n’est neutraliser directement les auteurs du pilotage multiple?»

Sa société, Cerbair, a développé à ce sujet une nouvelle technique de radio-fréquence qui permet de localiser à la fois le drone et la télécommande qui le dirige, et donc le télé-pilote. «Concrètement, développe-t-il, on arrive désormais à détecter la direction du pilotage et la puissance du signal, qui nous permet ensuite d’évaluer sa distance.» En géolocalisant le signal, la détection peut se faire en amont de l’incident et permet d’appréhender les interventions nécessaires. «Nous avons les moyens matériels de contrer ces drones, souligne Thomas Gueudet, il reste maintenant la décision aux aéroports d’y mettre les moyens financiers nécessaires.»

 

Source

X