La DGA a retenu Thales/Sopra Steria et ATOS pour le traitement massif des données du ministère des Armées

27 Mai 2019

Les données seront-elles le pétrole du XXIe siècle? Pour certains, cette analogie n’est pas correcte dans la mesure où l’or noir est une ressource « finie », c’est à dire tarissable, alors que les données constituent une source de richesses inépuisable. Elles « s’apparentent plus à la lumière du soleil qu’au pétrole … C’est comme le soleil, nous l’utilisons et il continue de se régénérer », fit ainsi valoir Ruth Porat, la directrice financière d’Alphabet [maison mère de Google] lors du dernier Forum économique mondial de Davos.

Or, vu sous cet angle, les armées sont assises sur un tas d’or, étant donné qu’elles mettent en oeuvre un très grand nombre de capteurs leur permettant de collecter des volumes de données toujours de plus en plus importants.

Ainsi, par exemple, un drone MALE peut collecter, au cours d’une mission de surveillance, pas moins de 70.000 giga-octets d’informations. Et, avec la mise en service de nouveaux systèmes [comme dans le domaine du combat info-valorisé, par exemple], le volume de données augmentera de manière exponentielle dans les années à venir. D’où l’enjeu des technologies liées au Big Data pour les armées.

En effet, l’exploitation de ces données permettra d’améliorer la sécurité des systèmes informatiques, d’optimiser la logistique grâce à la maintenance prédictive, de différencier, voire de personnaliser, la préparation opérationnelle grâce à un suivi des performances physiques de soldats, d’analyser et de simuler les meilleures options possibles dans la conduite des opérations, d’obtenir une appréciation d’une situation donnée beaucoup plus fine, de mieux gérer les ressources humaines ou bien encore d’assurer un soutien médical encore plus efficace.

Seulement, encore faut-il pouvoir être en mesure d’exploiter ces volumes de données toujours plus importants. « Avec les ressources humaines disponibles, quand aujourd’hui on parvient à traiter une quantité de données qui avoisine au mieux les 20 %, à terme ce sera probablement moins de 2 % » à l’avenir, avait souligné le député [et mathématicien] Cédric Villani, dans le rapport sur l’intelligence artificielle qu’il a remis en 2018.

En outre, et comme l’ont rappelé les députés Olivier Becht et Thomas Gassilloud, dans leur rapport sur la numérisation des armées, l’exploitation de ces données doit répondre à cinq enjeux, dits des « 5V » : « volume d’information croissant, qui suppose des capacités de transport et de traitement des données ainsi qu’une certaine standardisation de leurs formats », « rapidité [velocity] dans la circulation de l’information », « diversité [variety] des sources et des prismes d’analyse », « véracité [veracity] des informations » et « intérêt intrinsèque [value] des informations, qui doivent être hiérarchisées en fonction des besoins de leur récepteur. »

D’où l’intérêt de l’intelligence artificielle et du programme ARTEMIS [à ne pas confondre avec la torpille du même nom ou encore le projet de la NASA concernant la Lune, ndlr], lancé en novembre 2017 par la Direction générale de l’armement [DGA]. Avec ce projet d’ »Architecture de traitement et d’exploitation massive de l’information multi-source », il s’agit de doter le ministère des Armées d’une « infostructure souveraine de stockage et de traitement massif de données en captant l’innovation des PME, start-ups et laboratoires qui travaillent sur les applications civiles de l’IA. »

Pour cela, la DGA a adopté une démarche nouvelle en demandant, dans un premier temps, à trois maîtres d’oeuvre, dont Thales/Sopra Steria, Capgemini et Atos/Bull, de s’associer à des PME et à des laboratoires pour développer les outils et les algorithmes qui permettront de tirer profit du gisement de données produites par les armées.

« ARTEMIS vise à la mise en place d’un écosystème permettant aux innovateurs d’apporter leurs créations et de les faire murir jusqu’à des solutions utilisables par les forces grâce à une gamme de produit complète [kit de développement et cloud dédié pour accompagner les développeurs, version Lab’ pour les évaluations par le ministère et systèmes déployé sur les réseaux classifiés] », expliquait en effet la DGA, en octobre dernier.

La seconde phase du programme ARTEMIS a débuté le 14 mai, la DGA ayant retenu le groupement Thales/Sopra Steria et la société Atos, associée à Cap Gemini et au CEA. « Dans 30 mois, l’un de ces deux acteurs industriels devrait être sélectionné pour déployer, améliorer et soutenir la plate-forme ARTEMIS », a-t-elle expliqué.

Pour les départager, il a été commandé aux deux candidats encore en lice six expérimentations « concrètes » utilisant les solutions ARTEMIS pour la planification et la maintenance prévisionnelle, le partage et la synthèse de connaissance, la mobilité porteur, l’état de santé des personnels, le traitement et le croisement de données hétérogènes ainsi que l’analyse des réseaux. « Ces expérimentations pourront être complétées par d’autres sujets jugés prioritaires », indique la DGA.

Les développements incrémentaux de cette futurz plateforme débuteront dès cet été. « Ils permettront d’assurer, à la fois, la parfaite adéquation au besoin et une montée en puissance progressive », précise la DGA, qui attend les premiers « déploiements pilotes » en 2020 et une version V1 homologuée d’ARTEMIS en 2021.

Source : Opex360

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